Comment « guérir la maladie » de la balance des paiements de Madagascar ?

Posté le 25 juillet 2014

Comment « guérir la maladie » de la balance des paiements de Madagascar ?

Tout comme d’autres pays pauvres bénéficiant des prêts du Fonds monétaire international, Madagascar devrait présenter chaque année sa balance des paiements. Ce document comptable est dressé par la Banque centrale de Madagascar dans le but de résumer les échanges d’actifs réels, monétaires et financiers de la grande Île vis-à-vis du reste du monde. Les recherches montrent que la balance des paiements de Madagascar est victime d’une « grave maladie » depuis au moins un demi-siècle car atteint des…déficits commerciaux structurels. Les « remèdes » souscrits par le FMI n’ont-ils pas servis à guérir cette maladie ?

Historique de la balance des paiements…

La notion de la balance des paiements date il y a très longtemps comme l’affirme un chercheur (www.numilog.com/balancedespaiements/e29183.pdf) : « (…) C’est le plus ancien document à caractère macroéconomique. Au Royaume-Uni, les premiers relevés de transactions commerciales internationales remontent au 12ème siècle, lorsque reprend le commerce international à la suite des croisades, et les séries régulières remontent à 1696 ». Ce fut avec les Mercantilistes aux 16èmeet 17èmesiècles qu’apparaissent le souci d’établir des balances.

La balance des paiements avait alors précédé la comptabilité nationale de plus d’un siècle tout en se présentant au départ comme un simple relevé des exportations et des importations de marchandises. Les dénominations se sont améliorées au fil du temps en passant par balance de commerce, balance des comptes et ainsi… balance des paiements. C’est ainsi qu’elle est devenue,maintenant, un document plus complet et complexe retraçant l’ensemble des échanges entre pays.

Concept d’équilibre de la balance des paiements…

L’équilibre de ce document comptable signifie un bon déroulement de l’économie d’un pays. Selon le système de la comptabilité en partie double, la balance des paiements est toujours équilibrée aux erreurs et omissions nettes près. Ce compte enregistre une variation des réserves de devises nulle lorsqu’il est en équilibre, qui fait que le pays n’enregistre ni un déficit ni un excédent. La recherche de l’équilibre extérieur constitue un souci dans une économie de façon à obtenir des mécanismes de rééquilibrages automatiques.

Le concept de rééquilibrage automatique de la balance des paiements est bien formulé par D. HUME en 1752.Ce théoricien explique qu’il existe un mécanisme d’ajustement automatique de la balance commerciale par le jeu des variations monétaires. Un excédent commercial pourrait se produire après un déficit tout en baissant les prix intérieurs – pour hausser la compétitivité – suite à la baisse de la quantité monétaire.

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Source : Le mécanisme d’ajustement automatique de la balance des paiements, D. Hume (1752).
Notation : Z signifie les importations et X les exportations.

 

La programmation financière du FMI aux pays pauvres visant à équilibrer leur balance des paiements est basée sur ce concept de D. HUME. J. J. POLAK s’était aussi inspiré de cette théorie en 1957 – en étant Directeur du Département de recherche du FMI – pour formuler son Approche monétaire de la balance des paiements comme base de cette programmation financière du Fonds. Ce théoricien du FMI accuse la création de crédit intérieur non maîtrisée dans une petite économie ouverte en régime de change fixe être à l’origine des déficits extérieurs.

POLAK s’était autant  emporté par l’idée d’A. ALEXANDER en 1952 dans son Approche par l’absorption. Car selon lui, le déséquilibre intérieur, marqué par une hausse de l’absorption par rapport à la production nationale, est à l’origine du déséquilibre extérieur.

Organismes internationaux présentant la balance des paiements…

Les codifications internationales des principes d’enregistrement des données en balance des paiements ainsi que la présentation des résultats avaient été établies par la Société des nations (SDN) dans les années 30. Le FMI avait pris le relais quant à l’effort de la généralisation de la présentation de ce document après 1945. C’est pourquoi analyser la balance des paiements d’un pays revient à analyser les interventions du FMI dans ce pays.

Le FMI avait présenté depuis 1948 six éditions successives du Manuel de la balance des paiements (MBP). La dernière édition date de 2008. Le MBP présente les normes et codifications des différentes rubriques des comptes extérieurs. Des Guides pour l’établissement des statistiques de la balance des paiements sont aussi présentés périodiquement par le Fonds. Le but est de montrer la façon d’utiliser les sources de données, les méthodes pour l’établissement des statistiques extérieures et la Position extérieure globale (PEG). Nous nous demandons ainsi : Comment bien présenter les différentes rubriques de la balance des paiements ?

Présentation de la balance des paiements…

La balance des paiements se définie comme étant un compte de flux des échanges entre les résidents d’un pays et les non-résidents pour une période déterminée. Elle est présentée en quatre colonnes. (1) La nature des opérations présente les quatre comptes de la balances des paiements : le compte des transactions courantes, le compte de capital, le compte des opérations financières et le compte erreurs et omissions nettes ou ajustement. Le compte des transactions courantes recense les biens, les services, les revenus et les transferts courants. Le transfert en capital et les cessions ou acquisitions des actifs non financiers non produits sont enregistrés dans le compte de capital. Le compte des opérations financières, quant à lui, rassemble les investissements directs, les investissements de portefeuille, les autres investissements et les avoirs en réserves de devises d’un pays. A l’inverse de la comptabilité générale, (2) le Crédit se trouve à la colonne gauche avec un signe positif : entrée des devises ou diminution des avoirs (exemple : exportations des biens et services). (3) Le Débit est à droite muni d’un signe négatif : sortie des devises ou augmentation des avoirs (exemple :importations des biens et services).(4) Le solde général est nul car ce compte doit être équilibré, qui veut dire que les flux enregistrés au Crédit doivent être égal aux flux enregistrés au Débit. Par le concept patrimonial, au Crédit est enregistré l’augmentation des engagements d’un pays (exemple importations des capitaux) et au Débit la diminution des engagements (exemple : exportations des capitaux).

Ce document comptable enregistre six soldes principaux entre autres (i) le solde commercial qu’est la différence entre les exportations et les importations des biens. (ii) Le solde des invisibles est la différence entre les exportations de services et ses importations à laquelle on ajoute les royalties et revenus nets d’investissements. (iii) Le solde commerciale au sens large est obtenu en additionnant les deux soldes précédents. (iv) Si le solde des transactions courantes est négatif, le pays éprouve un besoin de financement. (v) Le solde du compte de capital est la différence entre les importations et les exportations de capital. Un solde du compte de capital négatif est révélateur de l’importance des ressources d’origine étrangère à cause des charges ultérieures que doivent honorer le pays. (vi) Selon que le solde globale est négatif ou positif, on parle d’une contribution négative ou positive de l’extérieur à la croissance de la monnaie nationale en circulation. Un solde global négatif, inscrit au Débit de la balance des paiements, est révélateur d’une hausse des réserves de devises de son autorité monétaire.

La balance des paiements de Madagascar est présentée suivant les normes du MBP 5ème édition du FMI datée de 1993. Dans la pratique, quatre étapes sont suivies par la Banque centrale de Madagascar avant de dresser ce document comptable : (a) la collecte des données, (b) le traitement des données, (c) l’établissement de la balance des paiements et (d) l’analyse de la balance des paiements. Elle travaille en collaboration avec d’autres entités comme l’Institut national de la statistique (INSTAT) pour les enquêtes… Quels sont les symptômes de cette « maladie » de la balance des paiements de Madagascar ?

La balance des paiements de Madagascar : « malade » depuis au moins un demi-siècle…

La recherche a montré que depuis l’indépendance de Madagascar, c’est-à-dire en 1960, jusqu’en 1972, sa balance des paiements est équilibrée et couronnée d’une croissance macroéconomique stable. Ce n’est qu’après 1972 – année marquée par une crise politique – et jusqu’à maintenant, que les échanges extérieurs malgaches ont rencontré des difficultés. Cela fait au moins un demi-siècle que résiste les déficits commerciaux. Les exportations malgaches sont constituées en partie des produits primaires à faible cours mondial, due à la forte volatilité des cours de matières premières depuis le début des années 1980. Les valeurs des importations dépassent toujours celles des exportations.

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Source : Bulletins d’information et de statistique (BIS) de la Banque centrale de Madagascar, Direction générale des douanes, Institut national de la statistique (INSTAT), Rapports économiques et financiers du Ministère des finances et du budget.

 

La politique d’investissement à outrance encourue par la nation au début des années 80 n’avait fait qu’empirer cette situation car les projets sont mal choisis : décidés à la hâte, les responsables non compétents, pas de rigueur dans la gestion de fonds… Il en est de même pour la politique de dévaluation, surtout lors du flottement généralisé du FMG en 1994, conduite sous la recommandation du FMI afin de rendre plus compétitif les exportations malgaches. Pourtant, la grande Île n’a jamais gagné aucune « embellie économique » à cette période comme les deux premières économies de la zone franc CFA : la Côte d’Ivoire et le Cameroun. Pire

encore ! Car la politique de détaxation instaurée en 2004 et 2005 par le dirigeant de cette période a encore creusé le déficit commercial de Madagascar. Ces problèmes extérieurs sont encore renforcés par des crises politiques : 1972, 1991, 2002 et 2009. Il n’est pas étonnant que Madagascar enregistre une dette extérieure évaluée à 1,5 Milliards de Dollar (Monsieur James Blake, Country Manager de la Banque mondiale, Madagascar, 2008) car sa balance des paiements est compensatoire.

Malgré les affirmations contraires des responsables du pays (dans les articles des presses ou du web), l’Ariary ne cesse de se déprécier depuis l’année de rupture en 1994(flottement généralisé) et les chocs provoqués par la détaxation en 2004-2005. Même si la Banque centrale de Madagascar opère à de achats sur le marché des changes et face à une entrée considérable des devises en 2006 par les investissements miniers– des investissements qui ne profitent pas au pays mais aux investisseurs étrangers qui ne versent que seulement 1% de leurs bénéfices au pays – la valeur des autres devises (comme l’Euro…) ne cesse d’augmenter.

La situation ne va-t-elle pas s’empirer, ou au contraire va-t-elle s’améliorer, car cela fait six mois que la Banque centrale de Madagascar a décidé de ne plus intervenir sur le Marché interbancaire des devises (MID) tout en laissant la loi de l’offre et de la demande des devises jouer librement ?

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Source : Bulletins d’information et de statistique (BIS) de la Banque centrale de Madagascar

 

Les remèdes souscrits par le FMI ont-ils pu aider à guérir cette « maladie » de la balance des paiements de Madagascar ?

Le FMI a secouru les problèmes de la balance des paiements de Madagascar depuis le début des années 1980 en imposant les Politiques d’ajustement structurel (PAS). Ce sont des réformes structurelles qui visent à ce que l’équilibre macroéconomique du pays soit rétabli…Le Fonds a décidé de suspendre les aides alloués à la grande Île lors de la crise de 2009… mais il est revenu depuis Mars 2014 pour redresser l’économie du pays c’est-à-dire aider sa balance des paiements, avec une Facilité de crédit rapide évaluée à 47,1 millions de dollars.

La mission du FMI en visite dans le pays en juin 2014 a souligné que ce rétablissement de la coopération entre les deux parties ouvrirait la porte aux autres investisseurs et bailleurs qui ont aussi rompu avec Madagascar à l’occasion de la crise susmentionnée. Est-ce que ces différentes « opportunités » vont vraiment guérir la balance des paiements de Madagascar d’autant plus qu’il y a aussi le retour à l’Agoa (Africa growth and opportunity act). Or, reconquérir le marché américain, parmi tant d’autres, impose différentes normes que le pays malgache n’aurait-il pas des difficultés à accomplir ?

En tant que chercheur, l’essentiel c’est de ne pas appliquer à la lettre les conditionnalités des PAS. La nation doit beaucoup attendre de cette nouvelle intervention du FMI à Madagascar laissant aux dirigeants malgaches de formuler leur propre programme tout en n’imposant plus des conditions. Il est encore nécessaire d’aider les paysans malgaches car ce sont eux qui assurent une belle partie des produits primaires dont le pays exporte. Le but c’est qu’ils peuvent améliorer leur culture afin d’améliorer les exportations de Madagascar.

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